Après plus de 4 ans à travailler étroitement avec Dave Jenniss dans sa fonction de directeur artistique d’Ondinnok, j’ai souhaité prendre un moment avec lui pour revenir sur son parcours au sein la compagnie, quelques semaines seulement après qu’il ait cédé sa place à une nouvelle direction artistique. Un retour sur 9 ans dans la compagnie, 9 ans qui lui ont permis de grandir, de s’affirmer en tant qu’artiste autochtone, et de développer un monde artistique qui lui est propre. Découvrez les moments-clés du parcours de Dave Jenniss dans cette entrevue.

Comment décrirais-tu ton évolution artistique et humaine au cours de tes 9 années à Ondinnok?

J’ai beaucoup grandi humainement. Je me suis épanoui. Je me suis aussi dégêné, parce que j’étais quand même une personne assez timide — je le suis encore — mais ça m’a vraiment aidé à m’ouvrir. J’ai surtout accepté qui je suis comme artiste autochtone. Au début, c’était plus difficile, comme je n’avais pas fait d’école, je me sentais un peu comme un imposteur dans le milieu. Mais au fil des années, j’ai pris confiance. Puis ça m’a amené à ce que je suis aujourd’hui, 25 ans plus tard. Oui, mon passage chez Ondinnok m’a donné beaucoup de confiance.

Quelles ont été tes plus grandes fiertés et tes plus grands défis comme directeur artistique?

Le plus grand défi comme directeur artistique, c’est que je suis arrivé à un moment où il y a eu tout le scandale Kanata. Donc ç’a été une entrée, disons, par la grande porte, surtout avec les médias — j’ai été bombardé de questions par rapport à ce projet-là. Ensuite, il y a eu la COVID. Donc ça a été des défis importants. Je pense que, dans cette période-là, le plus gros défi, c’était de garder le momentum et de rester positif avec l’équipe. Mais de façon générale, dans ces 9 années, le défi, c’est toujours de se renouveler, d’être créatif, puis d’amener toute l’équipe à embarquer dans ta vision.

Le défi, c’est toujours de se renouveler, d’être créatif, puis d’amener toute l’équipe à embarquer dans ta vision.

Production Ondinnok Hamlet le Malécite 2004

Dave Jenniss dans Hamlet le Malécite, en 2004.

Quels moments clés ont marqué ton parcours au sein de la compagnie?

C’est sûr que 2004 a été une année charnière. Après avoir fait un atelier de théâtre avec Ondinnok en 2002, on m’a proposé de jouer dans Hamlet le Malécite en 2004. Ça a été le début de mon parcours artistique, mon premier projet professionnel. C’était l’envol. En plus, ç’a été un gros succès pour la compagnie. Pour moi, ça a été une école — une école d’apprentissage, une école de vie. Et le fait de côtoyer des gens de différentes communautés, ça a été vraiment fabuleux.

En quoi Ondinnok a-t-elle contribué à transformer ou faire rayonner le théâtre autochtone au Québec?

Je dirais qu’Ondinnok a été pionnière. En 40 ans, la force de la compagnie, c’est d’avoir toujours cru en ce qu’elle faisait. Malgré les critiques, ils ont gardé un objectif clair: raconter leurs propres histoires, à leur manière, en engageant des artistes autochtones, parfois avec des parcours différents. Ça apportait quelque chose de très vrai sur scène, même si ça pouvait parfois être perçu comme une faiblesse. Mais au fond, c’était une force: prendre possession de son art, se faire confiance, et ne jamais reculer.

Je ne pense pas pouvoir partir complètement d’Ondinnok, ça fait partie de mon ADN.

Comment abordes-tu cette période de transition et la suite de ton parcours?

J’aborde cette transition avec lucidité. C’est une décision que j’ai prise il y a presque deux ans. On a pris le temps de faire les choses. C’est sûr que ce n’est pas facile pour moi — je ne pense pas pouvoir partir complètement d’Ondinnok, ça fait partie de mon ADN. Même si je ne suis plus à la direction, je reste très attaché à la compagnie. Je vais d’ailleurs faire un projet à l’hiver 2027, un spectacle jeunesse. Donc pour moi, ce n’est pas un départ, c’est un changement de chemin. Et j’ai envie d’explorer plein de nouvelles choses.

Coproduction des Productions Ondinnok et Vox Théâtre, production jeunesse, Mokatek et l'étoile disparue.

Dave Jenniss dans sa toute première création jeunesse, Mokatek et l’étoile disparue.

Quel conseil ou message aimerais-tu transmettre à la nouvelle direction artistique?

Ondinnok a toujours été une compagnie axée sur le respect et l’humilité, et je pense que c’est essentiel de garder ça. La vérité dans les projets, le respect, l’humilité, prendre le temps aussi — ne pas aller trop vite. Le défi, c’est de se renouveler, d’aller ailleurs. Et ça, c’est possible. On a deux directions artistiques qui viennent de milieux différents — la danse et le théâtre — donc ça ouvre beaucoup de possibilités. Ça va permettre d’élargir les publics, et c’est une très bonne chose pour la suite.

Si tu devais imaginer l’avenir d’Ondinnok, quel serait ton plus grand souhait?

Après 40 ans, Ondinnok mérite d’avoir son propre lieu de création. C’est mon plus grand souhait. Il est temps que la Ville de Montréal offre un espace à la hauteur de ce que la compagnie a apporté — avec des salles de répétition, des bureaux, un lieu de qualité. C’est vraiment ce que je souhaite.

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Cécile Diaz

Cécile Diaz a été la chargée des communications des Productions Ondinnok de 2021 à 2026

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