Dans le cadre de mes fonctions chez Ondinnok, j’ai eu la chance de rencontrer Jeanne Moreau-Vollant pour une conversation intime et inspirante. Cet échange, façonné comme une entrevue sincère, retrace son cheminement artistique depuis la résidence de création SIQONI – L’éveil printanier en 2024 jusqu’à sa vibrante participation à Tupqan | Nos territoires intérieurs en 2025-2026. À travers ses mots, découvrez une artiste innue qui ose, transforme et s’affirme.

Comment te présentes-tu aujourd’hui comme artiste et comme personne?

Je m’appelle Jeanne Moreau-Vollant, je viens de la communauté innue de Pessamit. Comme artiste, je dirais que j’en suis encore au tout début de mon parcours, et qu’il ne suit pas nécessairement un chemin typique. J’ai étudié le théâtre au cégep Marie-Victorin, dans le programme Arts et lettres, profil théâtre. À l’époque, je pensais poursuivre à l’École nationale ou au Conservatoire, mais finalement, le projet TUPQAN est arrivé — et depuis, c’est vraiment là que je me consacre.

Je me présente d’abord comme comédienne, avec une préférence marquée pour le théâtre plutôt que la télévision ou le jeu devant la caméra. Cela dit, plus je progresse, plus je m’intéresse aussi à la danse et à la performance, même si mon cœur reste attaché à la scène théâtrale.

Peux-tu revenir sur ta rencontre avec Ondinnok? Qu’est-ce que la résidence SIQONI t’a apporté, tant sur le plan humain que professionnel?

Ma rencontre avec Ondinnok a été extrêmement positive. L’équipe m’a tout de suite accueillie avec chaleur et bienveillance. À ce moment-là, j’essayais encore de trouver ma place dans le milieu artistique, de rencontrer les gens, de comprendre qui était qui. La résidence m’a beaucoup aidée à m’intégrer, autant sur le plan humain que professionnel.

Sur le plan créatif, SIQONI m’a permis d’explorer des aspects que je voulais depuis longtemps approfondir: l’écriture, la mise en scène et la création. Ce contact avec le mentorat m’a énormément apporté et a éveillé en moi le désir de développer davantage ces pratiques à l’avenir.

La résidence 'SIQONI - L'éveil printanier' m’a beaucoup aidée à m’intégrer, autant sur le plan humain que professionnel.

Jeanne Moreau-Vollant pendant la résidence de création SIQONI – L’éveil printanier en 2024.

Comment s’est passée ton invitation à rejoindre TUPQAN | Nos territoires intérieurs? Te souviens-tu du moment où tu as appris que tu allais jouer sur les scènes du CNA et de Duceppe?

Je me souviens très bien — c’était un grand choc, à deux moments distincts.

D’abord, j’ai reçu une invitation pour participer à des essais et des improvisations sur le projet à Ottawa. J’étais super contente! C’était quelques mois avant la résidence, donc probablement vers l’automne 2024. Puis, peu de temps après, j’ai reçu un autre courriel: on me proposait d’entrer dans la distribution officielle. Là, j’ai paniqué! (rires)

Je me demandais si j’étais prête, si j’allais devoir renoncer à mes projets d’école… heureusement, j’ai pu en parler avec Charles Bender, qui me mentorait à ce moment-là. Ses conseils m’ont apaisée et m’ont aidée à faire les bons choix.

Quand j’ai appris que j’allais jouer au CNA et à Duceppe, c’était à la fois excitant et terrifiant. Et le deuxième choc a été de découvrir le rôle qu’on me confiait: je devais d’abord jouer une journaliste, un tout petit rôle… mais plus les répétitions avançaient, plus ce personnage prenait de l’importance, jusqu’à devenir un pilier du côté poétique de la pièce. C’était un vrai défi, mais aussi un immense plaisir de me plonger dans ce rôle exigeant.

Plus les répétitions avançaient, plus ce personnage prenait de l’importance, jusqu’à devenir un pilier du côté poétique de la pièce.

Qu’est-ce qui te touche ou te fascine le plus dans TUPQAN? Quels thèmes ou symboles te semblent au cœur de cette œuvre?

Ce qui m’habite le plus, c’est le côté onirique du spectacle. Même si la pièce aborde des enjeux politiques et des réalités coloniales, l’univers du rêve et du mythe y prend beaucoup de place — et ça, c’est profondément ancré dans nos cultures.

Je joue un trickster, un changeur de formes, une figure un peu rebelle qui vient troubler l’ordre établi. À travers lui, on se réapproprie nos narrations, nos symboles, et on remet en perspective les structures imposées comme la Loi sur les Indiens. Le politique reste présent, bien sûr, mais au second plan de quelque chose de plus essentiel: l’identité, la force de l’imaginaire et la parole qui nous relie à qui nous sommes.

Jeanne Moreau-Vollant sur scène de Duceppe pendant le show de Tupqan | Nos territoires intérieurs, en 2026.
Crédit photo: Danny Taillon.

Quand tu regardes ton parcours entre SIQONI et TUPQAN, qu’est-ce qui a le plus évolué chez toi comme artiste?

Je dirais d’abord la confiance. Au tout début, j’avançais à tâtons: tout était nouveau, chaque expérience était une première fois. Grâce aux équipes de SIQONI et de TUPQAN, ainsi qu’à mes collègues interprètes, j’ai pris de l’assurance — dans le travail, dans ma présence en répétition, dans ma compréhension du milieu.

J’ai aussi appris les réalités concrètes du métier : s’organiser, comprendre le fonctionnement du milieu culturel, gérer l’aspect administratif (comme payer un comptable!). Et, surtout, j’ai gagné en confiance dans mon écriture. TUPQAN a été une création très collective où les interprètes ont participé activement à l’écriture du texte. Ça m’a confirmé que j’avais ma place dans le dialogue autour des mots, et que cette dimension allait m’accompagner dans mon parcours futur.

'Tupqan | Nos territoires intérieurs' a été une création collective où les interprètes ont participé activement à l’écriture du texte, ça m’a confirmé que j’avais ma place dans le dialogue autour des mots.

Si tu pouvais parler à la petite Jeanne d’il y a quelques années, que lui dirais-tu?

Je lui dirais: «Fais du théâtre!» (sourire)

Je ne dirais pas que je suis arrivée au théâtre par accident, mais je ne savais pas encore que c’était ce que j’aimais vraiment. Au cégep, j’ai longtemps hésité entre la musique et le théâtre — j’ai presque choisi au hasard! Mais je savais que je voulais être sur scène, et aujourd’hui, je suis tellement heureuse d’avoir pris cette voie.

Je lui dirais aussi d’accepter les opportunités, même celles qui font peur. Mon parcours n’a été qu’une suite de sauts dans le vide, de rencontres et de collaborations. C’est en disant oui, en osant, qu’on découvre où on est censé aller.

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Cécile Diaz

Cécile Diaz a été la chargée des communications des Productions Ondinnok de 2021 à 2026

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